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Journal de bord – Jour 4 : Les leçons d'Amorgos & Santorin.

  • Photo du rédacteur: Alain Cabras
    Alain Cabras
  • 15 juil.
  • 2 min de lecture

Il existe des lieux qui obligent à lever les yeux.

À #Amorgos, le monastère de #Hozoviotissa semble suspendu entre le ciel et la mer, accroché à une falaise depuis près de mille ans. Bâti en 1088, pendant les grands changements du #Schisme de 1054, il s’est érigé comme le phare blanc au-dessus de la mer de tous les bleus. Pour l'atteindre, il faut monter. Lentement. Le souffle change, le silence devient charnel.


Monter vers un sanctuaire n'est jamais un simple déplacement du corps. C'est un rite de passage. Ici, pour les moines, en conscience et en présence, c’est le « pas sage ».


On quitte un état pour entrer dans un autre. Le corps le comprend bien avant l'esprit qui regimbe aux pieds des 239 marches qui nous défient.


Elles rappellent à l'homme qu'il n'est jamais aussi grand que lorsqu'il accepte son « humilité », ce mot tendu entre humus et humanité.



Neuf cents ans plus tard, en 1988, Le Grand Bleu a été en grande partie tourné à Amorgos, notamment autour de la spectaculaire plage d'Agia Anna, au pied du monastère.


Le Grand Bleu n'est pas seulement un film sur la plongée. Jacques Mayol et Enzo Maiorca (Molinari dans le film) ne plongent pas pour battre des records. Ils plongent parce qu'ils cherchent une forme d'accès à plus grand qu’eux. C'est une quête plus qu'une performance.

Notre époque amnésique de nos mémoires et de nos savoirs, célèbre les performances des intelligences artificielles : vitesse et puissance.


Le monastère comme le Grand Bleu, eux, rappellent que la #profondeur n'est pas la puissance. On peut aller toujours plus vite sans aller plus profondément. Le règne de la surface : zapper, scroller (mot atroce) c'est confondre informer et penser.


Luc Besson a filmé une question : jusqu'où l'homme peut-il descendre sans se perdre ? Enzo n'en reviendra pas.


Aujourd'hui, cette question pour les plus avisés est : jusqu'où pouvons-nous déléguer notre intelligence sans perdre ce qui fait notre humanité ? Le Monastère et le Grand Bleu nous parlaient déjà de notre désir d'infini.


L'un descend vers les profondeurs. L'autre monte vers la lumière.


Les deux accomplissent pourtant le même geste anthropologique : quitter le monde ordinaire pour revenir transformé : le pas sage.



Puis vient #Santorin au coucher de soleil.


Splendeur née d'une catastrophe, l'immense éruption volcanique qui bouleversa la mer Égée ensevelit Akrotiri sous des mètres de cendres. Ce qui semblait détruit fut paradoxalement préservé pendant plus de trois millénaires.


L'intelligence artificielle est peut-être notre volcan mais détruit-elle nécessairement l'humain ? Elle dépose déjà sur notre monde une nouvelle couche : algorithmes, agents autonomes… Un nouveau paysage est né.


Cette révolution est-elle bonne ou mauvaise ? Personne ne le sait. 


La seule vraie question exigeante qui nous incombe, au retour du Tragique de l’Histoire est : que voulons-nous préserver sous cette nouvelle couche de civilisation ?



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