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  • Alain CABRAS

Le confinement : une quarantaine pour renverser le choc culturel de nos illusions

Le confinement ; c’est entendu, est un tsunami dont les vagues puissantes vont déstabiliser violemment, à court terme, l’économie générale et nos économies particulières, la conception de notre système immunitaire personnel et social.


A moyen terme, logiquement, dans quelques semaines suivront les ondes de choc politiques atteignant l’ensemble des organisations humaines. De la conception verticale de la hiérarchie dans les entreprises au cœur du réacteur du Politique lui-même ; les théories et pratiques de l’art de commander et d’obéir vont devoir se remettre en cause, enfin, pour de bon.


Car si, depuis une vingtaine d’années, l’accumulation des souffrances au travail dans le « management des hommes » comme dans la difficulté d’être citoyen dans le gouvernement des cités, le confinement va nous permettre de choisir quelle voie nous emprunterons dans « l’après » : soit de retourner à la situation quarantenaire antérieure douloureuse mais certaine, soit d’avoir le courage d’inventer et d’éprouver une autre voie créatrice mais avec un très faible contrôle de l’incertitude pendant cette quarantaine.


La lutte engagée par le Professeur Raoult à l’IHU de Marseille contre l’institution la plus importante de la Santé est l’ouverture du bal des chocs à venir entre ancien monde institué statique et nouveau monde dynamique émergent. Elle rappelle furieusement cette phrase commune à tous les mystiques qui affrontèrent leur époque : « traverse le désert de l’ordre et des institutions ». Persévère ! Perce et tu verras !


A long terme, l’onde de choc va atteindre le fond de l’iceberg de nos croyances et cultures. Car le confinement nous mettant face à nous-mêmes, en présence de nos propres confins, interroge, bouscule voire change la machine à produire du sens qu’est une culture.

Si les moteurs de la culture sont innombrables, les utilités qu’elle propose à ses membres sont au nombre de trois.


La culture donne des éléments, des armes, de l’âme à un humain pour s’orienter dans son rapport à soi, aux autres et enfin au monde.


Ces trois rapports ont déjà changé depuis quarante ans.


Le rapport au monde que nous pensions si bien connaître par écrans puis Net interposés, pour sa capacité écrasante à nous influencer, nous stresser ou nous réjouir, qui allait si vite, sans fin ni but, avait fini par devenir premier. Il nous a modélisé au quotidien et a fini par façonner nos identités. Nous avons vite oublié, en à peine quarante ans, la phrase essentielle de Claude Lévi-Strauss sur l’identité : « Une identité est un foyer chaud qui explique bien des choses ». Elle n’expliquait plus grand-chose ni ne nous réchauffait plus depuis ces décennies où le processus hystérique l’avait emporté sur le processus historique.


En étant assigné à résidence, c’est désormais, selon le beau mot de Victor Segalen : « le dedans qui nous attend au dehors ». Un renversement de perspective monumental, comme quand un iceberg finit par se retourner par temps de tempête monstre ou de fonte rapide.


Nous avons une fenêtre de tir encore pendant quelques semaines, pour renverser la perspective du prétendu rapport au monde hystérique, consumériste, voué au faux dieu du progressisme qui a tant meurtri les esprits et les corps.


Quelques semaines de « quarantaine » pour renverser un choc culturel quarantenaire.

Nous avons encore la possibilité de redevenir maître de l’arc et de la flèche que nous voulons tirer.

Nous pouvons, pendant ce court laps de temps, repenser notre rapport à soi, pour envisager un nouveau rapport aux autres et au monde.


Si nous restons des adeptes du triptyque quarantenaire du rapport au monde – aux autres – à soi, alors nous continuerons sur les voies de l’immaîtrisée, de la destruction de sens et de l’hybris dans tous les collectifs, entreprises en tête.


Si nous résistons et rétablissons le triptyque rapport à soi – aux autres et au monde, dans la recherche de la maîtrise de soi, de sa place parmi ses pairs et nos repères dans le vaste monde alors la machine à produire du sens, de la vision et des valeurs centrales de cohésion redémarrera.


L’invitation socratique antique est notre enjeu immédiat, vital, pour que le choc culturel qui vient soit producteur de sens heureux : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ».


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