• Alain CABRAS

Mort d’Elisabeth II : les symboles piliers vivants d'une culture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours


La mort et les funérailles de la reine Elisabeth II, dans leur exposition médiatique hors-norme, rappelle combien les symboles sont essentiels, même dans une société en voie de désacralisation.

Que l’on soit ému, touché, indifférent voire agacé par ce déferlement d’images, de codes, de protocoles et de cérémonial d’un autre temps, nul ne peut nier la place et le rôle puissants du symbole.


Pour en comprendre la force dans ce que nous observons au travers de la monarchie britannique, il faut éplucher son étymologie, si riche.

Venu du grec antique « sumbolun», il plonge ses racines dans deux verbes « sumballein », qui veut dire rassembler, réunir et « sumballestaï » qui veut dire : rencontrer quelqu’un, se trouver, traiter avec quelqu’un.


Dès lors, la vocation du symbole est de rassembler des humains autour de ce qu’il nous montre afin qu’ils se projettent ensemble vers un horizon.

Autrement dit, le symbole montre, réunit et… enjoint.

Mais que porte-t-il en lui qui lui donne cette force irréelle, surnaturelle et intemporelle, pour reprendre le triptyque cher à Malraux ?


La réponse est aussi simple que complexe : une part de sacré.

Le symbole est l’expression la plus pérenne du sacré. Et qui dit sacré dit sacrifice et sacrilège. Le recueillement, les heures d’attentes, les silences et les chants sur les routes d’Ecosse, du pays de Galles ou d’Angleterre au passage du corbillard royal ont montré qu’en 2022, un peuple occidental consumériste et en déclin pouvait encore vivre cette sacralité, quasi spontanément.


Le symbole porte aussi en lui le mythe (le récit fondateur) et le sens. Il donne une place à chacun. Il donne des repères qui permettent d’être « repérable » par les autres, les miens comme les lointains.


Le symbole enfin, mais surtout, est une énergie, mais pas n’importe laquelle, il s’agit de la plus haute et noble qu’il soit : celle de la transmission. Il est le pont permanent entre la tradition (ici, royale et britannique) et la transmission (ici, mondiale). En ce sens, le symbole, c’est le mouvement.


C’est pourquoi, rien n’est plus étymologiquement et intellectuellement faux que de croire que les symboles anciens, voire archaïques, sont conservateurs ou stratifiés dans le temps, bref « has been ». Ils sont au contraire mouvement permanent. Ils sont ce qui permet à un groupe humain de vivre ce qu'Héraclite appelait « la permanence de l’impermanence » : passer d’une époque à une autre, d’un moment à un autre, sans se perdre ni se diluer.


La dernière leçon de la reine à son peuple est qu’une culture forte est animée de symboles vivants et qu’ils sont essentiels parce qu'ils portent un peu encore "d’essence du ciel".




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